Bilan de la gestion du corps interministériel des attachés d’administration de l’État (CIGEM)

 

Présenté devant le Conseil supérieur de la fonction publique de l’État, le bilan de la gestion du corps interministériel des attachés d’administration de l’État (AAE), arrêté au 31 décembre 2023, dresse un constat clair : si la création du CIGEM a permis des avancées réelles en matière de mobilité et de décloisonnement des parcours, les attachés restent confrontés à de fortes difficultés d’attractivité, de reconnaissance et de déroulement de carrière.

Un corps nombreux… et vieillissant

Avec près de 39 800 agents, le corps des AAE représente 1,6 % des effectifs de la fonction publique de l’État. Depuis 2015, les effectifs ont fortement augmenté, mais cette hausse masque une réalité préoccupante : un tiers des attachés partiront à la retraite d’ici 2034. L’âge moyen atteint désormais 49 ans, avec un vieillissement constaté à tous les grades.

Le corps est majoritairement féminisé (près de 64 % de femmes), mais cette proportion diminue à mesure que l’on progresse dans les grades, révélant des inégalités persistantes dans l’accès aux responsabilités et aux promotions.

Des mobilités en hausse… mais encore limitées

La mise en place du CIGEM a permis de multiplier par trois les mobilités interministérielles depuis 2015. La convergence indemnitaire engagée en 2022 a également contribué à lever certains freins. Pour autant, ces mobilités ne concernent encore que moins de 4 % des effectifs.

Les obstacles restent bien identifiés : écarts indemnitaires entre ministères, calendriers de mobilité hétérogènes, règles de gestion différentes selon les périmètres. Autant de limites qui freinent encore la promesse d’une véritable carrière interministérielle.

Des parcours de carrière largement bloqués

Tout comme nos collègues de la CFDT-UFETAM,  la CFDT-Agriculture constate et dénonce depuis longtemps des carrières des attachés assez peu dynamiques avec des possibilités d’évolution pour les femmes plus réduites que pour les hommes.

  • L’accès au grade d’attaché principal reste très contraint, avec un taux de promotion plafonné à 7 %, bien inférieur à celui d’autres corps de catégorie A.
  • L’accès à la hors classe reste trop complexe, trop contingenté et peu lisible. Il en résulte que près de 30 % des attachés principaux sont bloqués en fin de grade, sans aucune perspective d’évolution.
  • L’échelon spécial, lui aussi contingenté, est saturé et ne permet plus de reconnaître l’engagement de nombreux agents en fin de carrière.

Quelques efforts en matière de rémunération 

Le tassement des grilles indiciaire est particulièrement préoccupant : l’écart indiciaire entre un attaché et un adjoint administratif n’est plus que de 29 points, remettant en cause la reconnaissance du niveau d’expertise et d’encadrement attendu des AAE.

Dans ce contexte morose, le MAASA a cependant fait des efforts importants pour ce corps en mobilisant des moyens catégoriels en 2021 et en 2025 visant à accorder les mêmes montants d’IFSE ou d’apport de CIA que ceux octroyés aux ingénieurs de l’agriculture et de l’environnent (à fonction équivalente).  La dernière note de gestion du RIFSEEP publié en 2025 montre aujourd’hui qu’une équité de traitement est aujourd’hui atteinte.

Des perspectives d’évolution attendues

Face à ces constats nationaux, la DGAFP identifie plusieurs pistes d’évolution qui rejoignent largement les revendications portées par la CFDT :

  • Renforcer la gouvernance du corps par la création d’un collège interministériel des AAE, garant d’une gestion plus harmonisée et transparente.
  • Revaloriser les carrières : relèvement des taux de promotion, suppression du contingentement de la hors classe, linéarisation de l’accès à l’échelon spécial.
  • Revoir en profondeur les grilles indiciaires pour redonner de l’attractivité au corps.
  • Poursuivre et amplifier la convergence indemnitaire afin de lever réellement les freins à la mobilité.

Quelles suites attendre ?

Les échanges en Conseil supérieur de la fonction publique de l’État confirment pleinement les alertes portées de longue date par la CFDT.

En préambule, la DGAFP a rappelé les annonces du ministre délégué à la Fonction publique lors du Conseil commun de la fonction publique du 13 janvier 2026. Ces annonces constituent des signaux attendus par les attachés d’administration :

  • le retour des taux de promotion des catégories C et B à leur niveau antérieur ;
  • la révision des taux de promotion vers le 2ᵉ grade ;
  • la défonctionnalisation du 3ᵉ grade ;
  • la linéarisation de l’accès à l’échelon spécial dès 2026.

Pour la CFDT, ces annonces vont dans le bon sens, mais elles ne suffisent pas à masquer une situation globale très insatisfaisante, largement documentée par le bilan du CIGEM.

Plusieurs points de vigilance majeurs ont été réaffirmés :

  • l’égalité professionnelle reste à construire, comme en témoigne la sous-représentation persistante des femmes dans les grades d’avancement ;
  • les modalités d’accès au corps sont déséquilibrées, notamment avec une place insuffisante des recrutements par les IRA ;
  • la mobilité interministérielle, pourtant au cœur de la création du CIGEM, ne concerne encore que 4 % des effectifs ;
  • les grilles indiciaires sont obsolètes, générant des carrières peu lisibles et peu attractives ;
  • la convergence indemnitaire entre ministères doit devenir effective, en commençant par un état des lieux précis et partagé des écarts existants.

Le document présenté au CSFPE ouvre des perspectives d’évolution structurantes : création d’un collège interministériel de gestion du corps sur le modèle de celui des administrateurs de l’État, adoption d’orientations générales interministérielles, ouverture de discussions sur les grilles et les parcours.

Des groupes de travail associant les organisations syndicales doivent être mis en place sur ces sujets. La CFDT a indiqué être pleinement disponible pour engager ces discussions, tout en rappelant l’urgence absolue à traiter le manque d’attractivité de ce CIGEM.

Sans réformes ambitieuses et rapides, le risque est réel : voir s’aggraver les difficultés de recrutement et conduire, à terme, à un affaiblissement durable du corps des attachés d’administration, pourtant indispensable au fonctionnement et à la continuité du service public.

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