Les violences au travail ne concernent pas uniquement les secteurs les plus exposés médiatiquement. Elles touchent également les agentes et agents du ministère de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la souveraineté alimentaire (MAASA), qu’ils exercent en administration centrale, en DRAAF, en DDI, dans les services vétérinaires, les SIVEP, les laboratoires, l’enseignement agricole ou les établissements publics. Pourtant, le sujet reste souvent peu visible, parfois banalisé, alors même qu’il constitue un enjeu majeur de santé au travail, d’attractivité des métiers et de qualité du service public.
Les travaux engagés par la DGAFP sur la protection des agents contre les violences et les données présentées par la CFDT Fonctions publiques dressent un constat préoccupant : la violence s’installe durablement dans le quotidien professionnel de nombreux agents publics.
- 35 % déclarent subir des agressions verbales,
- 20 % des agressions physiques
- 8 % du cyberharcèlement.
- 25 % des agents envisagent même de quitter la fonction publique dans les prochaines années.
Au MAASA, des formes de violences multiples
Lorsque l’on évoque les violences professionnelles, l’image de l’agression physique vient souvent immédiatement à l’esprit. La réalité est beaucoup plus large.
Dans les services du ministère, les violences externes peuvent prendre la forme d’insultes, de menaces, de comportements agressifs lors des contrôles en exploitation agricole, des inspections en établissements agroalimentaires, des contrôles sanitaires à l’importation ou encore lors de missions de police administrative. Les agents chargés des contrôles sont parfois confrontés à des contestations virulentes, à des intimidations ou à des tentatives de pression destinées à remettre en cause leurs constats.
Les réseaux sociaux ont également créé de nouvelles formes de violence. Des agents peuvent être nommément désignés, exposés ou attaqués en ligne après une décision administrative ou un contrôle. Le cyberharcèlement, longtemps considéré comme marginal, devient une réalité professionnelle pour certains collègues.
Mais les violences les plus fréquentes ne viennent pas toujours de l’extérieur.
La violence est souvent interne à l’organisation
L’un des enseignements majeurs rappelés par la CFDT concerne l’origine des comportements hostiles. Selon l’enquête SUMER, 85 % des comportements hostiles proviennent de l’intérieur des organisations : collègues, encadrants ou hiérarchie.
Cette réalité n’épargne pas le MAASA qui devrait s’interroger.
Pour la CFDT-Agriculture, les réorganisations permanentes, les suppressions d’effectifs, les restructurations comme RESET-BREXIT, les difficultés de recrutement, les vacances de postes, les tensions liées à l’adéquation missions/moyens ou encore la multiplication des priorités créent un terrain favorable à la multiplication de risques psychosociaux.
Dans ce contexte, les violences prennent souvent des formes moins visibles :
- Isolement professionnel ;
- Dénigrement ;
- Surcharge chronique de travail ;
- Injonctions contradictoires ;
- Management inadapté ;
- Pressions excessives ;d-
- Harcèlement moral ;
- Conflits dégradés entre services ou entre niveaux hiérarchiques.
Ces situations ne laissent pas de traces physiques mais leurs conséquences peuvent être considérables sur la santé mentale, l’engagement professionnel et la qualité du travail.
Des métiers particulièrement exposés
Tous les agents peuvent être concernés, mais certains métiers du ministère présentent des facteurs de risque spécifiques.
Les agents des services vétérinaires en abattoir peuvent subir des tensions liées aux décisions sanitaires ou aux arrêts de chaîne. Les inspecteurs intervenant en exploitation agricole ou dans les entreprises agroalimentaires sont parfois confrontés à des situations conflictuelles lors des contrôles. Les agents des postes de contrôle frontaliers (PCF) et des SIVEP peuvent faire face à des pressions économiques importantes lorsque des marchandises sont bloquées ou refusées.
Les personnels de l’enseignement agricole connaissent également des situations d’incivilités, de violences verbales ou numériques similaires à celles observées dans l’Éducation nationale.
Les agents administratifs ne sont pas épargnés non plus lorsque les usagers expriment leur mécontentement face à des décisions, à des délais d’instruction ou à des contraintes réglementaires.
La protection fonctionnelle : un droit encore trop difficile à mobiliser
Pour la CFDT, l’une des difficultés majeures réside dans les conditions d’accès à la protection fonctionnelle.
Le Code général de la fonction publique prévoit pourtant que l’administration est tenue de protéger les agents contre les violences, menaces, injures, diffamations, outrages ou situations de harcèlement dont ils sont victimes dans le cadre de leurs fonctions.
Or, dans de nombreuses administrations, il est encore demandé à l’agent victime de déposer une demande formelle avant que des mesures de protection soient engagées.
La CFDT considère cette interprétation comme excessivement restrictive et rappelle que la protection devrait intervenir dès lors que l’employeur a connaissance des faits.
Cette question est particulièrement importante pour les agents du MAASA. Dans les situations de tension ou de harcèlement, il n’est pas toujours facile pour une victime déjà fragilisée d’engager seule des démarches administratives parfois complexes.
Prévenir plutôt que réparer
La réponse aux violences ne peut pas se limiter au traitement des situations individuelles une fois le dommage survenu.
La prévention doit devenir une priorité de gestion.
La feuille de route présentée par la DGAFP repose sur quatre axes : améliorer les dispositifs de signalement, renforcer la prise en charge des victimes, mieux analyser les situations de violence et développer une culture de tolérance zéro.
Pour le MAASA, cela implique notamment :
- Une meilleure exploitation des signalements et retours d’expérience ;
- Une véritable utilisation du DUERP pour identifier les facteurs organisationnels de risque ;
- La formation des encadrants à la prévention des risques psychosociaux ;
- Le développement de dispositifs de médiation ;
- L’association effective des représentants du personnel à l’analyse des situations ;
- Une politique claire de protection des agents confrontés à des agressions externes.
Un enjeu d’attractivité et de maintien du service public
La question des violences au travail dépasse largement le seul champ de la santé et de la sécurité au travail.
Dans un ministère qui rencontre déjà des difficultés croissantes de recrutement dans plusieurs filières techniques et de contrôle, laisser perdurer des situations de violence ou de harcèlement contribue directement à la perte d’attractivité des métiers.
Comment attirer de nouveaux collègues lorsque les conditions d’exercice se dégradent ? Comment fidéliser les agents expérimentés lorsqu’ils ne se sentent plus suffisamment protégés ? Comment maintenir l’expertise indispensable à l’exercice des missions sanitaires, alimentaires, agricoles et environnementales si la souffrance au travail devient une norme silencieuse ?
Pour la CFDT-Agriculture, la lutte contre les violences doit désormais être considérée comme une composante essentielle de l’adéquation entre les missions et les moyens. La protection des agents n’est ni une option ni un coût accessoire : elle constitue une condition indispensable au bon fonctionnement du service public et à la reconnaissance de celles et ceux qui le font vivre au quotidien.
Chiffres clés
- 35 % des agents publics déclarent subir des agressions verbales.
- 20 % sont victimes d’agressions physiques.
- 8 % subissent du cyberharcèlement.
- 1 agent sur 4 envisage de quitter la fonction publique.
- 85 % des comportements hostiles identifiés proviennent de l’intérieur de l’organisation de travail.

