Le cancer du sein reconnu comme maladie professionnelle : une victoire syndicale de la CFDT !

 

C’est une première en France : la justice reconnaît un “lien direct” entre le cancer du sein d’une infirmière et son travail de nuit.

En 2014, Sylvie Pioli, 55 ans, se voit diagnostiquer un cancer du sein après avoir travaillé pendant vingt-cinq ans au centre hospitalier de Martigues (Bouches-du-Rhône) comme infirmière de nuit. Accompagnée par les équipes de la CFDT Santé-Sociaux, elle fait une demande de reconnaissance en maladie professionnelle en 2019. Mais devant le refus de la direction de l’hôpital de reconnaître le caractère professionnel de la maladie, Sylvie Pioli saisit la justice en 2021.

Le 3 mars dernier, le tribunal administratif de Marseille a finalement rendu public son jugement, par lequel il enjoint le centre hospitalier à reconnaître l’imputabilité de la pathologie de Sylvie à ses conditions de travail. Pour cela, il s’est appuyé sur les connaissances scientifiques dont on dispose aujourd’hui et a retenu que « les autres facteurs de risques connus tels que génétiques, hormonaux et les facteurs environnementaux et hygiéno-diététiques sont, chez cette infirmière, faibles, voire absents ». Il a donc estimé qu’il « existe une probabilité suffisamment élevée d’un lien direct entre la pathologie dont a été atteinte l’infirmière et ses conditions de travail de nuit, à l’origine du développement de cette maladie ».


Une femme sur huit est touchée par cette maladie en France. En 2023, on a dénombré 61 214 nouveaux cas
de cancer du sein, 913 000 personnes atteintes et 12 757 décès.© Anthony Micallef/Haytham-RÉA

Mieux prendre en compte la santé des travailleuses de nuit

Depuis 2007, de nombreuses études pointent l’impact du travail de nuit sur les fonctions hormonales féminines, entraînant une majoration de risque de cancer du sein (Cancer féminin le plus répandu) : un risque multiplié par trois, d’après l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale). pour les femmes travaillant plus de deux nuits par semaine pendant plus de dix ans. Avec le Syndicat national des mineurs, la Fédération Santé-Sociaux et la CFDT Grand-Est, la CFDT accompagne depuis plusieurs années les victimes de cancer du sein dans leurs démarches en vue de la reconnaissance en maladie professionnelle. Plusieurs femmes ont pu en bénéficier, ce qui plaide en faveur de la création d’un tableau de maladie professionnelle pour ce cancer.

La CFDT salue donc la décision du tribunal comme « une victoire pour la victime, les travailleuses, les femmes et l’action syndicale ». Ce jugement pourrait relancer la question des risques professionnels liés aux horaires nocturnes, sachant que le nombre de femmes travaillant la nuit (une pratique répandue dans certains secteurs comme l’agroalimentaire, le transport, la logistique et la santé) a doublé ces vingt dernières années.

> Par Claire Nillus
Journaliste
D’après l’article initialement publié par Syndicalisme Hebdo

Le communiqué de presse CFDT du 18 mars 2026 :

Le mardi 3 mars 2026, le Tribunal administratif de Marseille a reconnu le caractère professionnel du cancer du sein d’une infirmière ayant travaillé pendant près de 25 ans en horaires de nuit admettant ainsi un lien direct et essentiel avec le travail.

Les reconnaissances en maladie professionnelle des cancers du sein sont encore rares, ce dernier étant plus souvent traité par une approche ne prenant en compte que les facteurs individuels. C’est donc une victoire pour la victime, les travailleuses, les femmes et pour l’action syndicale.

En effet, depuis plusieurs années, la CFDT accompagne, avec notamment le syndicat national des mineurs, la fédération CFDT Santé Sociaux et la CFDT Grand Est, les victimes de cancer du sein, dans leurs démarches pour la reconnaissance en maladie professionnelle dont plusieurs victimes ont pu bénéficier. Ces maladies professionnelles reconnues confirment la nécessité de créer un tableau de maladie professionnelle pour le cancer du sein.

La CFDT revendique depuis de nombreuses années une meilleure prise en compte de la santé des femmes, notamment avec le développement des données genrées dans le Document Unique d’Evaluation des Risques Professionnels, encore trop peu renseignées, ainsi qu’une meilleure adaptation des équipements individuels et collectifs. Pour les secteurs plus à risques, des campagnes de dépistages du cancer du sein doivent être développées. Les acteurs de la santé au travail doivent s’emparer de ce sujet.

Le dialogue social et professionnel doit être renforcé pour permettre d’adapter le travail et réduire les risques professionnels.

Chiffres clés :

Avec environ 61 214 nouveaux cas en 2023 et plus de 913 000 personnes atteintes en France, le cancer du sein est le plus répandu des cancers féminins et provoque 12 757 décès annuels.

Documents à consulter :

  • Communiqué de presse CFDT du 18 mars 2026 ICI
  • Plaquette Cancer du sein, par la CFDT Grand Est ICI